Habiter demain : la maison passive, bas carbone et bioclimatique
Alors que les bâtiments représentent environ 25 % des émissions territoriales françaises de gaz à effet de serre (GES), la construction neuve et la rénovation du bâti existant apparaissent comme des leviers majeurs pour engager une transition vers un parc immobilier aligné avec les objectifs climatiques et les enjeux d’adaptation et de résilience qui nous font face.
Parmi les approches existantes, la construction et la rénovation passive labellisée, alliée à une potentielle conception bioclimatique et une stratégie bas carbone indispensable, offre une réponse ambitieuse, crédible et éprouvée. Ce triptyque ne se limite pas à une performance énergétique hors norme : il engage un véritable changement de paradigme dans notre manière de concevoir, construire, rénover et habiter les bâtiments.
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Comprendre la maison passive : efficacité maximale, confort optimal
Une maison passive est un bâtiment conçu pour réduire drastiquement les besoins en énergie pour le chauffage, le refroidissement et la ventilation, tout en garantissant un confort thermique exceptionnel. Loin de reposer uniquement sur la technologie, elle incarne une logique d’optimisation de l’enveloppe en fonction de l’environnement du bâti.
Sa performance est encadrée par le label Passivhaus, créé en Allemagne dans les années 1990, et aujourd’hui déployé à l’échelle mondiale, notamment via La Maison du Passif, Passivact ou Propassif en France.
Ces performances sont obtenues sans chauffage conventionnel, grâce à une conception rigoureuse, des apports solaires maîtrisés, une isolation sans ponts thermiques, une étanchéité à l’air limitant drastiquement les fuites et une ventilations double flux.
L’intelligence du bioclimatique : faire avec, plutôt que contre
La conception bioclimatique consiste à tirer parti des caractéristiques du climat local (ensoleillement, vent, température, topographie) pour assurer un confort thermique naturel avec un minimum d’énergie. Cette approche, complémentaire du standard passif, en est même le socle fondateur.
Principes clés d’une maison bioclimatique
- Orientation optimale : les pièces de vie sont orientées sud pour capter les apports solaires gratuits en limitant ceux qui ne sont pas souhaitables notamment en été.
- Surfaces vitrées maîtrisées : grandes baies au sud, ouvertures plus réduites ou moins nombreuses au nord, vitrages à haut facteur solaire au sud et plus isolant au nord. Eviter les vitrages à l’est et à l’ouest gages de surchauffes en été.
- Protections solaires efficaces : casquettes, brise-soleils, arbres à feuilles caducs pour limiter les surchauffes estivales à l’est et à l’ouest.
- Zonage thermique intelligent : pièces « tampons » (garage, cellier…) au nord pour protéger les pièces chauffées.
- Inertie thermique maîtrisée : matériaux lourds au sol stockant la chaleur le jour pour la restituer la nuit.
- Ventilation naturelle estivale : traversante ou nocturne, favorisée par les ouvertures bien positionnées.
La synergie entre conception bioclimatique et standard passif permet d’atteindre un confort 4 saisons sans chauffage ni climatisation.
Les stratégies fondamentales du passif
Le standard passif repose sur des leviers techniques complémentaires, agissant sur les pertes de chaleur, les gains solaires, et la qualité de l’air :
1 – Conception bioclimatique : Adaptation du bâtiment à son environnement (voir section précédente), indispensable pour optimiser la performance globale.
2 – Isolation thermique renforcée et suppression des ponts thermiques : Des épaisseurs d’isolants très supérieures aux standards RE2020 (jusqu’à 40 cm en toiture ou mur), pour limiter les besoins de chauffage à un strict minimum. Traitement minutieux des jonctions bâtimentaires pour éviter les déperditions localisées et les condensations.
3 – Étanchéité à l’air : Suppression des infiltrations parasites grâce à une enveloppe continue (freins vapeurs, membranes, adhésifs). Mesurée par un test Blower Door.
4 – Ventilation double flux avec récupération de chaleur : Renouvellement constant de l’air, avec récupération de chaleur sur l’air vicié (>75 % de rendement). Confort acoustique et qualité d’air intérieur excellents.
5 – Menuiseries adaptées et performantes : Menuiseries à haut pouvoir isolant (Uw ≤ 0,8 W/m²K), avec pose en tunnel dans l’isolant, facteur solaire adapté à l’orientation et au climat local. En règle générale triple vitrage en France.
6 – Protections solaires extérieures : Éviter les surchauffes d’été par des protections fixes ou mobiles dimensionnées selon l’ensoleillement local.
Ces 6 piliers doivent fonctionner ensemble, dans une approche systémique et rigoureuse.
Construire bas carbone : agir aussi sur les émissions grises
La performance énergétique ne suffit pas : la construction passive n’est pas toujours bas carbone. Il faut agir sur le cycle de vie complet du bâtiment, dès la phase de conception, en limitant l’empreinte carbone des matériaux, des équipements et des modes constructifs.
Stratégies de décarbonation d’un bâtiment passif
- Matériaux bas carbone : biosourcés (bois, paille, chanvre, ouate…), géosourcés (terre crue, béton de terre).
- Techniques sobres et locales : préfabrication bois, matériaux disponibles localement, circuits courts.
- Optimisation des volumes : compacité, mutualisation des espaces, limitation des surfaces.
- Sobriété des équipements : pas de surdimensionnement, préférer des appareils simples, efficaces et réparables ou tout simplement se passer d’équipements techniques quand cela est possible. Prévilégier la récupération d’énergie (VMC DF, RCED)
- Réemploi et démontabilité : intégrer des matériaux réutilisables, éviter les collages, favoriser les assemblages mécaniques. Construction en opssature bois par exemple.
La combinaison « passif + bas carbone » permet de viser des bâtiments alignés avec un les accords de Paris (soit < 500 kgCO₂/m² sur l’ensemble du cycle de vie).
Et si le vrai défi, c’était la rénovation passive ?
La rénovation énergétique performante est trop souvent reléguée derrière la construction neuve. Et pourtant, elle constitue sans doute l’axe le plus stratégique de la transition écologique :
- Elle évite l’artificialisation des sols, en s’inscrivant dans les objectifs ZAN (Zéro Artificialisation Nette),
- Elle valorise le bâti existant, en prolongeant sa durée de vie et en réduisant le besoin en matériaux,
- Elle permet de réduire rapidement les consommations et les émissions d’un parc immobilier déjà construit, qui représente plus de 75 % des bâtiments de 2050.
La rénovation passive : ambitieuse, mais possible
Le label EnerPHit, développé par le Passivhaus Institut, fixe des critères exigeants pour la rénovation énergétique à très haute performance, tout en tenant compte des contraintes techniques du bâti existant.
Critères principaux du label EnerPHit :
- Besoin de chauffage ≤ 25 kWh/m².an (contre 15 kWh/m²/an en neuf),
- Étanchéité à l’air n50 ≤ 1,0 vol/h (test blower door),
- Ponts thermiques minimisés, sans défauts majeurs,oce soi
- Confort d’été maîtrisé (surchauffe < 10 % du temps au-dessus de 25°C),
- Ventilation double flux avec récupération de chaleur > 75 %,
- Utilisation d’énergies renouvelables fortement encouragée (version EnerPHit “avec composants certifiés” ou “avec calculs de performance”).
Le label peut être obtenu en une seule étape ou par étapes successives, grâce à la certification EnerPHit par étapes, adaptée aux rénovations progressives. Ce mode de labélisation est aussi envisageable pour la construction neuve.
Un levier stratégique pour les territoires
Des projets exemplaires émergent en France : maisons individuelles, logements sociaux, bâtiments scolaires, bâtiments communaux…
Chaque rénovation EnerPHit devient une preuve de faisabilité, une source d’apprentissage, et un modèle reproductible pour accélérer la transition du parc existant.
Rénover passif, c’est concilier sobriété énergétique, préservation du patrimoine et résilience climatique. C’est aussi donner une nouvelle vie durable à nos bâtiments les plus vulnérables.
Une réponse concrète pour les organisations engagées
Construire ou rénover passif et bas carbone, ce n’est pas qu’un enjeu technique : c’est aussi une stratégie climat à part entière, applicable aux :
- Collectivités (écoles, équipements publics),
- Entreprises (bureaux, locaux techniques),
- Acteurs du logement (bailleurs sociaux, promoteurs engagés),
- Associations ou fondations souhaitant des locaux exemplaires.
Dans le cadre du Décret Tertiaire, de la RE2020, ou des trajectoires SBTi (Science Based Target), le passif bas carbone permet :
- de réduire drastiquement les consommations et émissions,
- de limiter les coûts d’exploitation,
- d’anticiper les futures réglementations (carbone, confort d’été),
- de renforcer l’image de marque et l’attractivité de l’organisation.
Tous ces facteurs participent à l’amélioration de la résilience économique et énergétique des individus et des organisations.
Vers une culture de la sobriété architecturale
Construire ou rénover passif, bioclimatique et bas carbone, c’est :
- Concevoir avec le climat, pas contre lui,
- Réduire l’énergie à la source, plutôt que compenser après,
- Agir sur les émissions directes et indirectes de manière cohérente.
- Un impact positif pour la santé humaine (air d’excellente qualité et réduction des pollutions)
- Augmenter le niveau de résilience économique et énergétique des habitants et des organisations face à contraction de l’approvisionnement énergétique
Ce n’est pas une utopie, ni une solution marginale : c’est une voie réaliste, reproductible, alignée avec les limites planétaires. À condition d’y mettre l’intelligence, la rigueur et la vision long terme nécessaires.
Habiter demain, c’est mieux penser aujourd’hui.







